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Protocole Cystite « délivrance des antibiotiques après une bandelette urinaire (BU) positive », qu’en est-il des patientes présentant une hématurie ?


Introduction :

 

La délivrance des antibiotiques après une bandelette urinaire positive est possible en officine depuis le 17 juin 2024, sous réserve d’avoir suivi une formation obligatoire pour la mise en place de cette nouvelle mission. Toutefois, le protocole est encadré par de nombreux critères d’exclusions. Ce dernier distingue les critères d’exclusion d’urgence et les « autres critères d’exclusion » qui nécessitent une réorientation au mieux dans les 24 heures. Ces critères confèrent un cadre à la réalisation de cette nouvelle mission à l’officine. L’objectif de ce cadre est de ne traiter que les cystites aiguës simples et de réorienter vers une consultation médicale les patientes présentant d’autres types d’infections urinaires comme des signes de pyélonéphrite, des facteurs à risque de complication ou des signes de gravité. Mais alors, qu’n est-il des patientes présentant une hématurie ?

 

Sommaire :

 



 

Les deux cas retrouvés à l’officine (Logigramme 1 et 2 de l’arrêté du 17 juin 2024)

 

Deux cas peuvent être retrouvés à l’officine conformément aux logigrammes présentés dans l’arrêté du 17 juin 2024. Soit les patientes se présentent spontanément à l’officine, soit elles sont orientées par un médecin ou une sage-femme :

·      Logigramme n°1 : la patiente, âgée d’au moins 16 ans, se présente avec une ordonnance conditionnelle réalisée par un médecin ou une sage-femme (j’en profite pour préciser que l’ordonnance conditionnelle dans le cadre de la bandelette urinaire est valable 1 an)

·      Logigramme n°2 : la patiente se présente spontanément avec des symptômes évocateurs de cystite. Après avoir vérifié qu’elle répondait aux critères d’inclusion (femme âgée de 16 à 65 ans inclus, symptômes de cystite) et qu’elle ne présentait pas de critères d’exclusion d’urgence (signes de gravité comme la fièvre et signes de pyélonéphrite), vous passez à l’analyse des autres critères d’exclusion.

  




Les critères d’exclusion du Logigramme n°2

 

Les critères d’exclusion sont retrouvés dans logigramme n°2 puisque dans le cas de l’ordonnance conditionnelle les différents éléments ont été vérifiés par le médecin ou la sage-femme en amont de la réalisation de l’ordonnance conditionnelle.


 

Récapitulatif du processus de questionnement dans le cadre d’une demande spontanée (Logigramme n°2) :


  • Vérification des critères d’inclusion

    • Femme âgée de 16-65 ans, présentant des symptômes de cystite

  • Vérification de l’absence des critères d’exclusion d’urgence

    • Fièvre (> 38°C, < 36°C ou fièvre), présence de signes de pyélonéphrite (vomissements, diarrhées, douleurs abdominales, douleurs lombaires ou au niveau des flancs)

  • Vérification de l’absence des autres critères d’exclusion

    • cf. plus bas – parce qu’il y en a un paquet !

  • Vérification de l’absence de signes de gravité à l’examen

    • Prise de constantes : pression artérielle, fréquence cardiaque, fréquence respiratoire

 

En l’absence de critères d’exclusion d’urgence, vous devez vérifier l’absence des « autres critères d’exclusion ». Ces critères d’exclusion permettent d’éliminer le risque de cystite aiguë à risque de complication et de ne traiter que les cystites aiguë simple (non compliquée) dont le protocole de prise en charge se fait après réalisation d’une bandelette urinaire et non un ECBU. Bien que la bandelette urinaire ne soit qu’un outil d’orientation diagnostic, l’ECBU n’est pas recommandée en cas de cystite aiguë simple, sauf en cas de récidive au cours des 15 derniers jours.


Revenons à nos nombreuses questions. Quels sont ces critères d’exclusion nécessitant une réorientation vers une consultation médicale au mieux dans les 24 heures ?

  • sexe masculin ;

  • âge < 16 ans ou > 65 ans;

  • recueil insuffisant des informations médicales : non-maîtrise de la langue française, réponses inadaptées ;

  • grossesse avérée ou non exclue ;

  • signes d’appel gynécologique : leucorrhées, prurit vulvaire ou vaginal ;

  • cystites à répétition : > ou = 3 épisodes dans les 12 derniers mois ;

  • épisode de cystite non complétement résolue dans les 15 derniers jours ;

  • anomalie fonctionnelle ou organique de l’arbre urinaire (uropathie, résidu vésical, reflux, lithiase, tumeur, geste chirurgical récent, endoscopique ou sondage...) ;

  • immunodépression ou risque d’immunodépression dus à une pathologie (VIH) ou à un médicament (corticothérapie au long cours, chimiothérapie, immunosuppresseurs) ;

  • port d’un cathéter veineux implanté ;

  • insuffisance rénale sévère rapportée par la patiente ou débit de filtration glomérulaire (DFG) < 30mL/min/1,73m2 selon CKD-EPI ;

  • antibiothérapie en cours pour une autre pathologie ;

  • prise de fluoroquinolones dans les 3 mois précédents (risque de sélection de germes résistants) ;

  • doute du pharmacien.

 

Ces critères d’exclusion sont nombreux mais finalement assez logiques. À titre d’exemple, les facteurs à risque de complication des infections urinaires sont : le sexe masculin, la grossesse, l’âge, l’anomalie de l’arbre urinaire et l’immunodépression. Naturellement, ces critères sont d’office des critères d’exclusion au protocole de prescription des antibiotiques après une bandelette urinaire positive.


 

Comment intégrer ces critères d’exclusion et les retranscrire naturellement dans votre questionnaire au comptoir ?

 

De nombreux secouristes utilisent le moyen mnémotechnique MATH1 pour la gestion des malaises. Il permet de mémoriser les principales questions à poser à l’individu pour identifier les causes ayant pu entrainer ce malaise et évaluer les possibilités de prise en charge.

 

MATH1 : Maladie ? Allergie ? Traitement ? Hospitalisation ? 1ère fois ?

 

Nous avons procédé à sa réutilisation dans le cadre du questionnaire d’éligibilité à la réalisation de la bandelette urinaire à l’officine. Figurez-vous qu’il s’y colle quasi à la perfection :

 

  • Maladie / état physiologique ? Maladie chronique : Cancer, VIH, patient greffé, cathéter veineux implanté, insuffisance rénale sévère, anomalie de l’arbre urinaire / autres symptômes : leucorrhées, prurit vulvaire ou vaginal etc. (à ne pas confondre avec la mycose vaginale ou la vaginose) / état physiologique particulier : femme enceinte

  • Allergie ou contre-indication ? Pénicillines, céphalosporines, fosfomycine

  • Traitement ? Antibiothérapie en cours, fluoroquinolones au cours des 3 derniers mois, traitement VIH, chimiothérapie, immunosuppresseurs (méthotrexate, corticothérapie long cours, etc.)

  • Hospitalisation ? Cette interrogation permet d’élargir le champ des questions pour récupérer un maximum d’informations de la part des patients, plus ou moins bavards selon les profils

  • 1ère fois ? De manière plus large « Temporalité » : Avez-vous déjà eu un épisode similaire au cours des 15 derniers jours ? Avez-vous déjà présenté 3 cystites au cours des 12 derniers mois ?

 



 

Conclusion : l’hématurie, un critère d’exclusion ?

 

Comme vous l’avez lu jusqu’ici, rien n’exclut la présence de sang dans les urines qui n’est pas considérée comme un signe de gravité. Cependant, en cas d’hématurie macroscopique, la patiente sera de facto réorientée vers un médecin. Cette information n’est pas intuitive pour la patiente qui ne pense pas à consulter son médecin en cas de régression des symptômes, le pharmacien doit la transmettre de façon claire lors de la délivrance des antibiotiques.


En conclusion, même en cas d’hématurie il est possible de réaliser la bandelette urinaire (BU) à l’officine et de délivrer les antibiotiques en cas de positivité (leucocyturie et/ou nitriturie positive). Cependant, la patiente devra être orientée par la suite vers son médecin. En général un ECBU est prescrit et réalisé, même en cas de disparition des symptômes pour rechercher la cause de l’hématurie et/ou une hématurie persistance. D’autres examens complémentaires comme une échographie peuvent être réalisés.

 


 


Nos formations Cystite – Prescription des antibiotiques :

 

Pour soutenir l’extension de compétence des pharmaciens nous proposons une formation sur la prescription des antibiotiques après un BU positive (ou un TROD angine). Il s’agit d’une formation de 4 heures, obligatoire pour celles et ceux qui souhaitent mettre en place cette nouvelle mission.

Le module se déroule en présentiel (organisé sur demande) ou en classe virtuelle c’est-à-dire avec un formateur en direct pour répondre à toutes vos questions.

La formation permet de répondre aux obligations de DPC (développement professionnel continu) et est éligible aux financements de l’ANDPC, du FIF-PL et de l’OPCO-EP.

Comme pour toutes nos formations, nous proposons un tarif réduit en cas d'autofinancement (-25%).

 

La formation que nous proposons répond au cahier des charges de l’arrêté du 17 juin 2024. Elle aborde ces différentes thématiques :

  • Les infections urinaires : symptômes et diagnostics différentiels ;

  • L’analyse et la compréhension des critères d’exclusion du protocole ;

  • L’analyse de la bandelette urinaire ;

  • Réalisation de la bandelette urinaire ;

  • L’antibiorésistance dans les infections urinaires ;

  • Traitements prescrits ;

  • Modalités de facturation et traçabilité, avec notamment la procédure qualité.

 



 

Sources :

 

 

 

 

 
 
 

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